• Chapitre 1 : A trrible show

    Chapitre I : A terrible show…

     

     

    Pendant que l’écho et le noir presque total avalait mon cri, une lueur vengeresse brillait dans nos yeux… 

     

    Après une nuit longue et difficile, où se mélangeait horreur et chaos dans nos têtes, le soleil levant, aux reflets roses, me réveilla. La rosée perlait sur les mauvaises herbes de la corniche, campement de fortune, à quelques centaines de mètres de notre maison dévastée… Je pouvais voir quelques lignes noires de fumée à l’horizon.

    Les douloureux souvenirs éclatèrent dans ma tête. Je voyais des courtes visions qui s’estompaient immédiatement. Je ne comprenais pas tout. Du feu partout, la foudre s’abattant sur le sol, l’eau déferlant sur nous. Nos habitations brûlées, de ce que je me souvienne, et nos amis décédés… J’eus soudain une vilaine migraine, je me forçai tout de même à me souvenir, mais je lâchai prise au bout de trois ou quatre secondes. Cela me fit monter les larmes aux yeux.

    Sans bruit, je me dressais de toute ma hauteur et alla m’installer sur l’extrémité de la corniche. Au soleil le rubis sur mon front s’illumina de toute part. J’essayais en vain de me concentrer sur autre chose, n’importe quoi, même aux Rosabyss qui sautaient hors de l’eau. Pourtant magnifique spectacle que nous aimions voir tous ense…mble. Là je ne pus retenir mes larmes. Je faisais tout pour contenir mes sanglots, mais je ne fus pas assez discrète. J’entendis quelqu’un approcher. Je ne voulais pas affronter un quelconque regard. Je me sentais coupable. Coupable d’avoir été trompée si facilement, de n’avoir su réagir à temps, de les avoir laissé faire tant de dégâts. Nous étions quand même le plus fort de tous les clans de cette région et nous avons été mis à mal si facilement. Je m’en voulais tellement.

    Je fus tiré de mes pensés négatives par une patte qui se posa sur mon épaule gauche. En baissant les yeux je vis qu’elle était orange feu. Je compris facilement qu’elle appartenait  à Feunard.

    -Bonjour Petite Flamme, dis-je doucement pour ne pas réveiller les autres.

    En réalité, elle ne s’appelait pas « Petite Flamme », c’était un surnom que je lui avait attribué il y a bien longtemps. Elle s’appelait Fly, mais c’est un peu bizarre Fly, pour un type feu, non ? Voilà pourquoi je l’ai baptisée « Petite Flamme ».

    -Bonjour, me répondit-elle avec un sourire.

    Il y a eu un grand silence, insupportable.

    -Beau levé de soleil, tu ne trouves pas ? lâchais-je, même si je n’y prêtais pas une seule attention.

    -Oui, très beau. Mais on ne peut pas faire nos sensible aujourd’hui. Il y a plus important à penser, non, Rubis ?

    Voilà le surnom que Fly m’a donné. Il vient de mon Rubis sur le front, comme je suis un Mentali, il a été facile de le comprendre dans le clan.

    -Oui, soufflais-je doucement. Tu crois qu’il faut les réveiller ? quémandais-je en me tournant.

    Malgré les événements de la veille, ils avaient l’air si paisible. Je ne pus m’empêcher de sourire, et je vis que Fly aussi.

    -Non, laisse-les dormir. Encore un peu du moins.

    Après un cours instant elle ajouta :

    -Viens… Allons voir.

    Sans dire un mot, j’avais compris où elle voulait en venir. Elle commença à partir, comme pour me montrer le chemin. En passant je regardais chacun de mes amis qui dormaient à poings fermés.

     

    Nous échangions de courtes paroles durant notre route pour rejoindre le camp. Fly et moi étions pourtant des bavardes invétérées, mais la situation ne s’y prêtait pas.

    Partout dans les hautes herbes quiconque pouvait voir notre fuite. Elles étaient couchées, brisées ou écrasées. Le sol était noirci par les flammes provenant du campement. Il nous restait une montée pentue et nous y serions. Fly prit la parole :

    -Que penses-tu que nous allons trouver là-haut ?

    -Je ne sais pas, répondis-je le cœur serré. Penses au corps de nos amis encore étalés là.

    A cette idée, Fly eut un haut le cœur et s’arrêta un instant. Après un petit moment, elle recula rapidement.

    -Regarde ! s’écria-t-elle.

    -Quoi ? Où ça ? dis-je rapidement paniquée, de quoi elle me parlait ?

    Pour seule réponse elle tendit sa patte droite vers une ligne sombre, assez épaisse, à laquelle je n’avais pas prêtée une grande attention.

    -Eh bien, quoi ?

    Fly m’incita à me pencher plus près. Plus près.

    -Whaa ! sortis-je dégoûtée.

    C’était une grande lignée de sang. Nous décidâmes de la suivre en amont, même si, après avoir échangé un regard, nous avions comprit de quel « liquide » il s’agissait. A y regarder de plus près, ce n’était pas la seule. Nous étions entourés de ces lignées de sang, plus ou moins épaisses. Au lieu de nous en reculer nous avancions droit à leurs naissances.

    Après les quelques mètres gravit nous surplombions maintenant la colline et les rares clairières au devant de la corniche. Nous regardâmes l’océan avant de nous tourner vers le campement. Nos amis dormaient toujours, le silence aidant sûrement, pensais-je.

    -Allez, courage, me dit Petite Flamme comme pour m’encourager.

    -Oui, il nous en faut, soufflais-je pensive.

    Sur ces mots, Feunard me poussa gentiment. Nous étions à présent face à un terrible spectacle.

     Je crus halluciner, mais non, Fly voyait la même vision d’horreur que moi.

     -Nous rêvons, lâchais-je bouche bée.

     -J’aimerais tellement, me répondit Fly.

     Mes yeux balayaient le champ de bataille. Le sol était complètement noir, des branches brûlées trônaient partout, les tentes étaient en poussières, des mares de sang rouges écarlates souillaient le sol, les corps de nos amis et ceux des Haru s’étalaient ici et là. Je ne pus supporter d’avantage, mes larmes qui s’étaient arrêtés reprirent de plus belle, et je voulus partir en toute hâte, mais Fly me retint.

    -Non, ne pars pas. Tu sais bien qu’il faut vérifier. Nous sommes les plus fortes du clan, moralement et physiquement. On ne peut pas obliger ce spectacle aux autres. C’est à nous de le faire et tu le sais.

    Oh, oui, je le savais. Mais pour moi aussi c’était dur. Pour nous aussi.

    -Je sais ce que tu te dis, me réconforta Feunard, pour nous aussi c’est difficile. Pourquoi faisons-nous cela ? Pour eux, dit-elle en m’indiquant nos amis sur la corniche toujours plongés dans leur sommeil.

    -Tu as raison, me résignais-je en ravalant mes larmes. Dépêchons-nous.

    Méticuleusement nous traversions le terrain ensanglanté. Nous évitions les corps et les mares du mieux que nous le pouvions. Je regardais chacun d’eux, et faisais une prière discrète à chacun de nos frères morts. J’avais beau essayer d’être courageuse mais c’était dur, le spectacle que je voyais m’écœurait au plus haut point.

    A quelques pas de moi, je distinguais les pattes de Hiku, notre Pichu, mais le reste du corps m’étais invisible… ou il n’y en avait … plus ?  Gloups ! Je sentis mon estomac se tordre. Je fermais les yeux, espérant que tout cela n’était qu’un mauvais rêve. Je regardais de nouveau et la moitié du corps était toujours là. Puis plus loin je voyais une corne ensanglantée, peut-être appartenait-elle à un Rhinocorne ou un Rhinoferos ? J’imaginais ce pauvre Pokémon sans corne, arrachée ou brisée net. Un Négapi, étendu à côté de la table de banquet, avait la tête broyée, je pus le reconnaître grâce au dessin négatif bleu sur son corps. Je l’aimais bien, il était si gentil… Comme tous nos amis, pensais-je doucement.

    J’aperçus du coin de l’œil la tête sans vie de Haydaim, le chef du clan des Haru.

    Des images brèves me revinrent rapidement : je me battais avec Haydaim. J’étais en mauvaise posture.

    Puis tout devint noir, ma vu se brouilla et je sombrai dans l’obscurité.

     

    Je repris enfin mes esprit, pour moi tout cela avait duré quelques secondes toutes au plus. Feunard m’expliqua que je m’étais évanoui plus d’une dizaine de minute, en grondant bizarrement. J’étais soudain très gênée, et j’aurais voulu être une minuscule Chenipotte pour échapper au regard interrogateur de Fly, où se mêlait surprise et crainte que je sois devenue folle.

    -Ne me regarde pas comme ça ! J’ai juste tourné de l’œil, c’est tout, mentis-je.

    -Bon je te crois. Tu as dû en cauchemarder et tu as grognée.

    On va dire ça, pensais-je. Je ne pouvais pas lui dire ce que j’avais vu, elle me prendrait encore plus pour une dingo.

    -J’ai fais le tour de tout ça, pendant que tu dormais, et à part du sang et des corps, rien. Aucun survivant. J’ai cherché partout, mais rien. Tu veux quand même jeté un coup d’œil ? me demanda-t-elle d’une voix douce.

    Si à la vue d’Haydaim j’avais eu cette vision, serait-il possible qu’en voyant d’autre Pokémon, je verrais autre chose ? Oui, il fallait que je voie le reste du champ de bataille.

    Deux Roucarnage aux ailes trouées jonchaient le sol, le bec à moitié arraché. Un Lucario n’avait plus de mâchoire et on pouvait voir que du sang avait coulé à flot de sa bouche. La mienne se tordit dans un rictus de dégoût. Mes yeux s’arrêtèrent sur un Azurill. Enfin, ce qu’il en restait, du moins. Un œil, une oreille et la queue lui manquait. Vision horrible.

    Cela allait-il réellement fonctionner ? Voir ces corps, ici et là, m’attristais. J’espère que je ne faisais pas tout ça pour rien… En me retournant je vis que Fly ne m’avait suivie et un Excelangue. Il était passé du rose bonbon au rouge foncé, à cause du sang qui avait coulé sur lui. Sa langue pendait lamentablement sur le sol, en plusieurs morceaux. Beurk ! Répugnant. Désolé pour toi, mais c’est comme ça, pensais-je à l’attention de l’Excelangue.

    En continuant d’avancer à travers tous ces morts, je tombai sur un Medhyena coupé en tranche, sûrement par une attaque Tranche-Nuit, du Léopardus à deux pas, perforé par une corne. Peut-être celle du début ? Bon, stop. Rien ne se passait, j’arrête. Pourquoi m’acharner à vouloir avoir une autre … vision, – comment appeler ça autrement ? – si cela ne venait pas ? Je fis demi-tour et avança droit devant moi pour rejoindre Fly.

    En posant mes yeux sur le sol j’aperçus le second de Haydaim, Pifeuil, avec un trou béant dans la poitrine. Un vertige me prit et je m’écroulai de tout mon long.

    Comme tout à l’heure je me vis combattant, mais cette fois Pifeuil était mon adversaire. Je le vis faire voler des feuilles, être projeté et plus rien. Le noir m’envahit une nouvelle fois, tout aussi rapidement. Un brouillard épais me couvrit les yeux et je tournai de l’œil.

    -C’est la deuxième fois, me dit Fly, au bord de l’angoisse. Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

    Difficilement car encore dans la brume, je lui mentis de nouveau pour ne rien lui dire :-Oui, maintenant. Je ne veux pas te voir avoir une nouvelle crise de je ne sais quoi, et t’entendre grogner à nouveau ! Ca a quelque chose de … bizarre, dit-elle en frissonnant… Brrr !

    Sans piper mot, je me levai avec mille précautions et commençai à descendre la pente seule. Fly me rattrapa bien vite.

    -Tu ne te débarrasseras pas de moi si facilement jeune Mentali, me dit-elle ironiquement.

    -Je ferais même pas cinq mètres sans que tu me rattrapes.

    -Je sais, c’est ce que tu viens de faire, répondit Fly avec un sourire qui fendait son visage.

     

    Feunard ne décrochais plus son regard de moi, comme si j’allais de nouveau tomber.

    -Arrête de me regarder comme ça, je vais bien. Je t’ai dis que c’était les corps, crois moi !

    Elle ne prit pas la peine de me répondre et regarda la route. Plus qu’une centaine de mètre nous séparait des autres.

    -Il vaudrait mieux ne pas parler … en détails ce que l’on vient de voir aux autres. Tu ne crois pas ?

    -Si, je suis d’accord avec toi, lâcha-t-elle enfin. Inutile qu’ils nous fassent les mêmes drôles de malaises que toi.

    Qu’elle en vive un, et elle comprendrait. Je sais que son « drôles » sous-entendait « bizarres », mais tout de même. Cela me ferait rire de la voir grogner dans son sommeil agité.

    Heureusement, nous arrivions à la corniche. A quelques minutes près, je suis certaine qu’une dispute aurait éclatée. Les cinquante derniers mètres s’étaient effectués dans un silence de mort.

    -Il faut les réveiller, dis-je. Tu prends ceux de gauche et moi de droite, demandais-je ?

    -On fait comme ça, me dit Fly plus douce, en commençant à secouer timidement Shiro, notre Salamèche, si gentil.

    Moi de mon côté je décidais de réveiller Fragilady et Symbios.

     

    Une fois tous réveillés, nous commençâmes à marcher vers  le nord. Sans but précis, pour le moment. Fly et moi racontâmes aux autres ce que nous avions trouvé là-haut, en l’indiquant de la patte. Mon côté sympathique m’incita à ajouter quelques détails alléchant, suivit de petits gloussements incontrôlés. Je n’avais pas remarqué mais on pouvait toujours apercevoir de la fumée provenant du campement d’en bas.

    D’un coup les sentiments remontèrent et les larmes aussi…


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